vivre au sens large

  l’homme qui jamais, oh grand jamais, ne s’est pris les pieds dans l’histoire du pays
  il a grandi parmi des boîtes de facture incertaine, dans l’ordre rigoureusement établi d’un cimetière militaire

  souffle, tornade, abats les vieilles branches
  je m’appelle emmanuelle, mais emmanuelle comment, emmanuelle-sors-du-bois
  qui fait ouh, ouh, voilà le loup, et le loup que fait-il
  il hausse les épaules, et rengaine sa salive

  espérer vivre encore, en réchapper de quelconque manière, relève du vulgaire. on touche là de près au sexe
  on lui fourre un doigt dedans on lui crève un tympan, etc…
  je ne me suis jamais senti si libre depuis que mère est morte, depuis que lit en braille

  le point de non-retour définitivement passé, le point de non-retour
  le sens du collectif est redevenu tel qu’un homme qui se suicide suicide l’humanité entière

  invite-moi
  ne me suggère pas ce qu’il faut dire, ce qu’il faut taire, invite-moi doigt sur la bouche
  désormais la seule stratégie praticable consiste à libérer de l’espace, à
  délester les paniques

 

vivre au sens large

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