pas d'arbre sur cette route
ni de route en cet espace, d'ailleurs
un oiseau de malheur me confond avec le ciel, en ce miroir
descendant, le miroir ascendant, marcher sur le pied d'une ombre cependant
"j'en n'ai pas fait exprès", se défend-elle
lumière suprême, lumière de fond, sœur lumière
des p'tits pipis par ci par là, que l'on relâche dans la nature
je garde quelques dents pour toi, la langue éteinte
la pluie sous son palto dressant le portrait d'une ville
il fait beau tout le temps désormais, même quand il pleut maussade
autrement dit il pleut tout le temps, jusqu'au cœur de la canicule
on s'habitue
à rien. à être sans que cela ne porte
à conséquence. on s'achète un troupeau, on se rend inutile
seul jusqu'à l'au-delà, un peu plus haut encore
touche à sa fin, laquelle moite, et caresse un poteau
il va faire jour c'est sûr il va faire jour - que pourrait-il faire d'autre ?
je ne pensais pas qu'aller nulle part aboutirait à cette éternité-là, d'un regard surplombant
la douleur ancestrale
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beauté triste de la résignation
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l’homme sans saigner d’dans
selon ce que l'on traîne
d'éros et de poussière
les p'tits trucs à languette, la mort de passer-l'boire
selon ce que l'on brame
de foison et de vide
l'un périt l'autre demeure, plus que jamais tremblante
il a raison, celui qui recule de cent pas, ou monte sur un tertre
il a raison même si raison ne fait guère sens, et peut-être qu'un arbre
cache l'arbre, ou le contraire
ou le contraire précisément
les peuples de la terre, les oiseaux sur la mer
de tout âge, de toutes race et condition
les plumes de surcroît, en prévision de rien
alors ne m'appelle plus untel, untel ou unetelle, ne m'appelle plus
je n'ai pas assez de vide en moi pour taire toute la douleur
ni crier tant la douceur
chien contre toute espérance, ménage tes fuites
je ne sais pas. tu passes près de moi comme on frôle la mort, s'enfonce
en sa propre ombre
il suffit d'un kopeck, d'un pile et d'une face, il suffit de trois yeux pour enfin
se rendre aveugle à soi
sur un chemin fuyant, un chemin d'une seule traite
et si vide aussi, par quel bout qu'on le prenne
et si vide aussi, parce que d'une seule chaussure
l'autre je l'ai perdue - le courant, probablement
ou même l'immobilité, plus imprévisible encore
la couleuvre n'a pas de dent
et l'heure soixante minutes
entre le début et la fin rébus
entre la fin et le début je ne ramasserai plus promis
de balles perdues...
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la vie d’un vide est claire
tout le fond s'est blotti dans une barque
du coup la barque n'avait plus sur quoi flotter, sur quoi naviguer
tout le fond a sauté de la barque du coup la barque suspendue
virant de bord, coulant à pic
et morte d'inquiétude
l'aguicheuse devant, derrière et au milieu, des papillons dans les ch'veux
passionnément indifférent, je passe mon chemin - allez vas-y, passe mon chemin
de toute façon j'pleure au milieu, devant sur les côtés, j'pleure de tout bord allez vas-y, crame ces haillons
là tient toute la différence. montre-moi les mains vides, le vide
fait toute la différence. elles caressent le chauve. l'humide mais le chauve
comme un quatorze juillet tout à coup tombant et s'affalant
sur un commun mardi...
le verre à moitié verre, un reste d'homme divague
tu la vois venir de ce côté-ci, chagrine. ou de ce côté-là, miskine - le verre à moitié nu, le vide à cours de chance
et d'argument
un phénix en papier
personne à la porte, personne à la fenêtre, et le qi distrait
penser à rien, à rien durant le rien, avec une certaine insistance
se démettre une épaule, un pan de vitre, ne réagir nullement
à l'absence d'issue - ça fait déjà pas mal pour une journée
ça fait déjà pas mal, pour une vie entière
-
tu t’habilles comme tu veux, le nu vibre en haut lieu
tiens, montre-moi ta main. montre-moi
ce que tu as dans ta main. ne cache rien
ou seulement en pensée, dans le fond de ta pensée, cache ta main, ta main avec
tout ce qu'elle contient, ou ne contient pas - montre-moi le vide le grand vide
de ta pensée
je me cache sous une feuille. une feuille c'est exactement ça. ça me brûle les doigts
il me manque deux doigts, deux doigts sur le milieu, plus un sur le côté
un pouce me suffira, certainement me suffira
et le bruit de la mer...
je me promène trop vite. l'angoisse de rentrer me submerge. est-ce qu'elle submerge, l'angoisse ?
non, je ne pense pas
je ne pense pas assis je ne pense pas debout. je m'allonge sur la pensée et là je rame avec mes deux petites paumes tendues
est-ce qu'elles rament, mes deux petites paumes ?
non, je ne pense pas
un humain de travers, qui pousse de travers, pour un pet de lumière
j'ai perdu mes lunettes, je ne sais plus aller. un humain de plein pied s'allonge à travers champ
Ai Aso penchée sur lui murmure un chant funèbre un chant
systématiquement funèbre. si funèbre soit-il
il mange du cheval et boit de la limonade. c'est un enfant timide, un enfant recroquevillé
la terre fume la carpette, le ciel pompe toute la pluie. il fait si froid dedans, dedans, cible du froid
l'horizon malgré tout, l'horizon coûte que coûte
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marie-trottinette
c'est marie - elle va toujours en trottinette
j'éjacule un peu partout, mais jamais où il faudrait, c'est bête. ou triste. ou triste et bête, par la même occasion
elle m'attrape par les cheveux. du coup je prends soin auparavant de me raser le crâne
cadenassé ça se passe comment - je regarde les nuages ils disent qu'il va pleuvoir je regarde les nuages
il ne pleut toujours pas.
ça serait pas mal de se tuer ça ferait vivant, ça ressemblerait à quelque chose enfin
mais on ne sait que survivre. on n'a rien appris d'autre
la galère a une morte de plus, on la cache entre nos jambes
raide corde, ça fait quand même quelque chose je sais pas
une émotion. une tension.
mais les premiers les derniers. et seuls ceux qui refusent et s'obstinent
à demeurer derniers
je me raconte des histoires okay tu te racontes des histoires, on se raconte des histoires
on se serre on se secoue on se tord les boyaux
on se tue par pure nécessité.
soudain je m'envole. avachi là mais je m'envole : en fait c'est juste
l'univers qui coule, collapse, s'effondre
un soir de bruine
l'amour n'est pas mort, c'est simplement le mort
qui n'bande plus
se tire la peau du zob là
jusqu'à ce que ça craque.
la mer quant à elle reste calme. elle en sait trop
et tant qu'elle ne s'agite pas, elle reste calme, la mer...
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micro-vulve, océan pacifique
il n'y a pas d'homme dedans, il n'y a pas d'homme devant - micro-vulve, océan pacifique
tourne en rond, tourne en rond dans le sens de l'infini sauf que
tout à coup
l'infini brise le cercle
j'avais une vache. pas de moteur mais une vache, une
simple vache.
j'avais un train. pas de rail mais un train, en avance sur son retard.
je ne crevais pas de misère - j'existais voilà tout, débordant du néant
je te caresse le cheval tu me lâches la bride. on se retrouve quelque part, le long de je ne sais quoi plus ou moins liquide, plus ou moins fluide
le puits c'est sans détour, et cependant si superficiels au bout du compte, nous contentant de vivre sans saisir vraiment
ce qu'on entend par là
la vie à côté de la vie, comme quelque chose de mort mais qui remue un peu, tandis que
l'éternité glisse, se répand. j'ai cassé ma mine,
déchiré ma feuille de dépit, j'ai cassé mon crayon.
être beau sans l'savoir, parfois. être beau sans l'vouloir
j'ai deux grenouilles en moi - une sur le poumon gauche, qui s'occupe du cœur notamment
et une sur le droit, juste au-dessus du foie.
on ne croit en dieu que quand on ne croit en rien, jusqu'au bout et même un peu plus loin
le reste du temps on flemmarde, on tapine de ci, de là...
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monter sur le corps d’un-e autre
un loin dans le loin, un grincement
au niveau de la balançoire. on ne se touche pas
on reste là, l'un face à l'autre, mais surtout on ne se touche pas
on s'efforce de ne pas couler, l'un face à l'autre
il est impossible d'être seul au monde
impossible d'être seul cause notre irréductible solitude
toujours un manque de soi. une barrière
un cheval de Troie alors que Troie n'existe pas
un cheval d'e Troie à la porte de Nogent, un cheval sur trois pattes
la condition ou le déclin humain, ne pas tomber amoureux
se retrouver seul devant sa teube, face à son trou - on se demande par quel chemin
il fait sombre. il pleut quoi qu'on en pense
on écoute les sons, afin de conjurer le temps croit-on
rien d'un homme, rien d'une femme
et rien d'un animal
je crache dans mes mains. tous mes trous crachent dans mes mains
je m'appelle un trou, une fuite ou l'idée vague. depuis ma mort au moins
ma mort en tube
rien ne se passe
dame-pipi son prénom muet, son accent fluet
un jour tout nous quitte. pas plus tard que le lendemain, c'est à notre tour de tout quitter
un homme ne meurt pas pour rien - un homme meurt parce que rien
comme on pisse à côté, le vent venant de là
-
entre la mer et le tympan
respire
une fois l'amour ou ce qui en fait
pale figure éteint, respire
ne te souviens de rien ou bien d'un
simple paysage. le paysage n'enferme pas. demeurer
à l'intérieur de soi, certes mais jamais
enfermé, jamais estropié d'un
au-delà, si bancal fut-il
à la place d'un homme, de la tête d'un homme, on aurait mis une courge
évidée. une tiare
une casquette à bas prix chinée sur le marché de l'Aigle
chaque mardi
oui mais moi les mardis j'suis mort
ou je me gratte. ou je m'endors. oui mais moi les mardis gras
les mardis maigres
j'me dis allez vas-y, casse ta noix
bascule du côté où tu es sûr que personne, jamais
ne t'aimera
ni ta mère ni ton fils
ni la moule aubépine
j'ai juste envie d'aller me balader, ni trop loin ni trop près
de chez moi, j'espère
chez moi n'existe pas. il lève les bras on lui fait des guilis ça ne le
fait aucunement réagir. j'abrite un arbre, penché
j'abrite un arbre j'abrite une souche, je me dis que c'est pas mal pour aujourd'hui, je me dis
j'abrite un rêve et on verra, penché
ce matin j'ai bâton, quand ce matin tout brume et tout brouillard
j'espère être mort des mains de quelque chose, voire même de quelqu'un
par exemple je penche la tête de côté, et rien ne s'interpose
entre la mer et le tympan -
d'où l'accent grave...
-
field commander ali passe la troisième
quelque chose ou la nuit, encore, fait mine de m'effacer
j'aspire l'écho frileux des brumes - en moi se noie gris l'océan
j'y pense, mais de façon si maladroite, et malencontreusement
à la fin le lit s'étire : je reste nu, sans un contentement
quelquefois oui mais parfois, sans faire attention, presque par mégarde
je m'achète une distinction, à bas prix comme on dit, je m'achète un dollar vide
je sais que je ne ressemble à rien. en tout cas pas à ça, qui s'éloigne titubant, titubant au-dedans
un rivage désuet. des cailloux qui font pshit
la mer ricochant sur un point d'horizon - à ne pas confondre avec celui d'alençon
faire le tour du néant ne m'aura rien appris. j'ai mangé ma chanson
de jolies dents. de celles que l'on casse quand on n'a rien à faire, poupée sur le déclin
il y a un œil pour ça. il ne cligne pas. ne se rend pas à la salle de sport une ou deux fois par semaine - le mardi et le vendredi, par exemple
il pense que s'il est mort, il n'a absolument aucun moyen de le savoir, ni même de s'en apercevoir
c'est la dernière fois que je te regarde. la toute dernière fois
l'ascension ne se fait pas en hélicoptère. pas d'autre aile au christ que les bras d'une croix
croix de bois croix de fer, tu reprendras bien une bière. il fait souvent froid ici. froid et pluvieux. même en hiver
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fatal sentimental
qui se ressemble se touche le visage et se demande: est-ce bien toi?
ailleurs se serre les coudes, essuie-glace sur pare-brise en panique
un sourire m'accroche, moi qui ne sais sourire, pince les lèvres et rentre tout au fond de ma bouche
je retourne à la montagne - un sac une gourde
et l'huître de grand silence...
il se fout des claques dans la glace, sans en ressentir la moindre onde de choc sur la joue. je ne sais pas comment il s'y prend
des choses ayant commencé au tout commencement des choses échouent finalement là, à la seconde où l'on y pense
le poisson fondamental n'y entend rien, se mettant à couvert sous son
parapluie anthracite
lâche-moi l'couille s'il te plaît, gambade en la carrière
je me dis tu tu me dis il, on se dit ça tout l'temps, entre deux courses longues. il
ne revient de nulle part, manches tombées, la vulve retroussée
secoue l'arbre secoue l'arbre - n'en tombe que l'écho, d'un vide substantiel
s'il meurt avant toi soigne son corps, couvre son corps, enterre-le profond
si tu meurs avant lui ouvre-lui le chemin, avec ta lampe-torche, tes petites mains blanches
tu n'auras plus besoin de ton sextant
la vache qui me pèse me soulève d'une main. et c'est lourd à porter, une main...
un sommeil malgré moi. on se parle à deux, comme si l'on ne s'était jamais rencontré, comme si jamais la nuit tombée
sur une seule épaule
répondait à la nuit jamais tombée
sur l'épaule opposée...