on attendait quelqu’un de l’étranger

  tu t’abrites derrière mon nom, mais est-ce encore un nom ?
  chaque jour une vie m’abandonne – faut dire que le temps n’arrange pas les choses, pourri par conviction, sans considération
  tu sais quoi : exploser ne tient pas la route, exploser ne tient pas l’espace
  ça explose et c’est tout

  pourquoi tu m’attends ? tu sais bien que jamais je n’arriverai
  même admettant que je sois un jour parti, il n’y a aucune chance que j’arrive jamais
  cependant tu m’attends – c’est vrai au fond, que faire d’autre qu’attendre
  que piétiner le temps
  que saigner du néant ?
  de ne pas avancer, je sais que tu m’attends

  froissé, jeté, méchamment, j’ouvre la bouche. j’ouvre la bouche malgré tout
  tu m’embrasses à moitié gauche, une âme se tient toujours au milieu, faut donc tordre la bouche
  tout ce que j’ai fait je l’ai fait pour rien, en appuyant dessus
  de toutes mes faiblesses

  quelque chose se broie au dedans. quelque chose de noir, d’indispensable
  nous forniquons vous forniquez, mais toujours à côté, toujours à la marge
  la seule question c’est comment supportons-nous, comment supportons-nous d’être, comme si de rien n’était ?
  comment consentons-nous à nous nourrir de cadavres ?

  j’ai mélangé les eaux usées et les eaux de source. au piquet le temps fait grève
  à soi tout seul un suicide collectif, tout au bout de la solitude un mort fait le guet
  tu me demandes mon nom, je te réponds comme je peux. je te demande le tien tu me réponds marie
  ou bien n’importe quoi d’autre

 

on attendait quelqu'un de l'étranger

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