les yeux bandés. les yeux bandés j’ai essayé, mais ça n’a rien donné
les yeux ouverts non plus, ça n’a pas marché
la cloque ou la béquille – on avait le choix entre
la cloque ou la béquille
le sein ou l’églantier
voilà les hommes. on n’était pas prêt. pas prêt pour les hommes, même pas
prêt pour les accueillir à vrai dire
on a conduit jusqu’à ce que la route s’enlise dans le sable d’une plage et peut-être que la mer n’y était pas
imagine ça, imagine un instant : une plage à laquelle manquerait la mer, à jamais retirée…
tout ma pourrit la vie, mais j’ai trouvé le graal
peut-être pas le saint, ou pas si saint que ça, mais en tout cas le graal
il y a un homme derrière tout ça, je ne souhaite pas d’un homme, juste derrière tout ça
c’est comme la nature : qui a encore besoin de la nature ?
qui a besoin d’un homme ?
ou d’une planche à pain ?
un animal bouffe mon toit
un animal bouffe mon plafond, mes combles, mon grenier
un animal c’est moi, et je veux tuer cet animal
on fait partie des choses auxquelles on ne résiste pas, moi je veux tuer cet animal
il me bouffe la bile, le sommeil, les ongles
il me rappelle mon enfance
je parlais dans le désert, ou me parlait le désert
que raconte le désert de plus que ce que je lui raconte
on se gratte. on finit par se gratter partout et en tout genre – se gratter jusqu’au sang, pour peu qu’on soit digne de saigner
et même au-delà, qu’il serait si dégradant de préciser, ou seulement d’évoquer
quand l’ennui nous rabote
Laisser un commentaire