tout ce qu’on meurt en soi

  j’abîme quelque chose en moi, quelque chose de précieux, quelque chose qui me greffe la profondeur, ou me creuse unilatéralement
  il me faudrait renouer – qu’importe à quoi, renouer c’est tout, rendre un axe à l’espace
  une amarre au néant

  des hommes se sont habitués à ce que je les vête de robes de poupée, et tant pis s’ils m’en gardent rancune tant que
  de plaisir crissent les miroirs, et rejoignent le sable – ses songes, sa solarité en quelque sorte
  quelque chose à peigner, accordez-moi seulement quelque chose à peigner

  à ce propos un être étrange
  m’a rappelé à moi, ou m’a claqué une bise, froide et désespérément sèche
  des armoires pleurent des cadavres, je tourne le dos à toutes les arêtes
  je tourne le dos à tous les poissons et de cent coups poignardé, d’un banc plus que de neige inondé, me réinvestit la nostalgie
  d’un espace clos, définitif
  d’un espace clos, en marge de toute marge

  c’est la dernière fois que j’habite une maison, si vaste fut-elle
  il y a des mains et je les pose à plat sur les cuisses, ainsi font les mains
  tout homme incarnant le dernier homme, je ne ferai pas exception, je me rincerai la bouche avant que de tirer la langue
  mais je ne m’habituerai jamais, jamais, à rien
  pas même à la douleur

 

tout ce qu'on meurt en soi

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