myriam dans le rouge

  tous les poèmes commencent par la nuit, le jour vient par surcroît
  ou disons-nous le jour s’ensuit. s’ensuit le jour
  or du jour et de la nuit qui tombe, qui se relève ? qui de sa béquille bat la mesure du chemin, remue le fond ?
  qui de son creux susurre des choses dont seul le creux retentira ?

  voici donc une abeille, voilà donc une histoire
  un homme entretemps n’a donc fait que passer
  on lui caresse un chou, on lui grattouille une couille, un homme entretemps grandit de son néant, c’est à dire
  d’être infiniment moins que soi

  je reste dans mon corps brûlé. je soufflerais sur les cendres, cela va de soi, si ne me manquait le souffle
  le ciel n’est pas un rideau que l’on tire à sa guise dans un sens ou dans l’autre – ni le jour ni la nuit ne s’y trompent
  passant de ceci à cela, un deuil perpétuel hante nos âmes, une fidélité amère

  je pourrais retracer les yeux fermés le plan de ma déroute – l’amarre, la bitte et la dérive
  une seule mort ne me suffira pas, je souffle dans un cercle pour des bulles provisoires
  et si j’enfante un songe ce n’est certainement pas dans l’espoir qu’un songe me délivre
  ni ne me prenne par le main pour franchir les barbelés et traverser le champ

  poussière, je m’invente un futur – je le ceins opportunément d’un pagne, ou le couvre d’un voile de mariée, gaze légère sur un serment de fer
  abstenons-nous de préciser toutefois que le fer rouille
  ou que le printemps qu’encule un soleil borgne
  accouchera d’un semblant d’hirondelle…

 

myriam dans le rouge

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