tous les poèmes commencent par la nuit, le jour vient par surcroît
ou disons-nous le jour s’ensuit. s’ensuit le jour
or du jour et de la nuit qui tombe, qui se relève ? qui de sa béquille bat la mesure du chemin, remue le fond ?
qui de son creux susurre des choses dont seul le creux retentira ?
voici donc une abeille, voilà donc une histoire
un homme entretemps n’a donc fait que passer
on lui caresse un chou, on lui grattouille une couille, un homme entretemps grandit de son néant, c’est à dire
d’être infiniment moins que soi
je reste dans mon corps brûlé. je soufflerais sur les cendres, cela va de soi, si ne me manquait le souffle
le ciel n’est pas un rideau que l’on tire à sa guise dans un sens ou dans l’autre – ni le jour ni la nuit ne s’y trompent
passant de ceci à cela, un deuil perpétuel hante nos âmes, une fidélité amère
je pourrais retracer les yeux fermés le plan de ma déroute – l’amarre, la bitte et la dérive
une seule mort ne me suffira pas, je souffle dans un cercle pour des bulles provisoires
et si j’enfante un songe ce n’est certainement pas dans l’espoir qu’un songe me délivre
ni ne me prenne par le main pour franchir les barbelés et traverser le champ
poussière, je m’invente un futur – je le ceins opportunément d’un pagne, ou le couvre d’un voile de mariée, gaze légère sur un serment de fer
abstenons-nous de préciser toutefois que le fer rouille
ou que le printemps qu’encule un soleil borgne
accouchera d’un semblant d’hirondelle…

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