quand il ou elle tombe à l’eau, on le rattrape
on l’attrape par la peau du cou, et on le sort de l’eau
c’est la moindre des choses
la moindre des choses que ne pas le ou la laisser se noyer
on aurait pu lui balancer un tuba, une bouée, ou encore assécher l’océan mais non, on a préféré l’arracher
lui soumettre une toute autre douleur
j’ai un manteau trop long. j’ai un manteau trop noir. je ne sais plus comment déboutonner ce manteau
une couleuvre viendra à bout de toutes les souris. il y en a une à la cave. il y en a une sous les combles
je tâte dans le noir le voile de la mariée. je le tâte et le retâte. mes doigts finiront par s’y user
c’est dans le noir qu’ça s’passe
un homme est mort par ma faute, mais la mort n’est pas la mort par ma faute
j’ai beau faire défiler les annonces immobilières jusqu’à la fin des temps, je ne trouve pas chez moi
supposé que chez moi existe bien quelque part, je ne le trouve pas
je jette une pierre pour fonder mon foyer là où elle retombera, or aucune pierre jamais
n’est retombée
jamais
même si jamais n’est pas toujours
j’ai carrément effacé les couleurs
en plus, j’ai diminué les contrastes – on ne sait jamais
il pleut par intermittence, et donc il ne pleut pas par intermittence également
il va falloir supporter de vivre
et une fois qu’on aura fait ça, ou peut-être simultanément, la nécessité faisant loi, il va falloir
supporter de mourir
c’est le froid. mais d’où vient tant de froid ? et comment malgré tout ce froid littéralement étouffé-je ?
il y a peut-être un air que je n’aurais pas du fredonner, un air qui m’a traversé l’esprit sans que j’y pense
je me suis surpris à me caresser la joue – surpris de me découvrir une joue, une main,
une inconsistante caresse…

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