impasse issue. séjour exil. un lit gonflable

  j’ai fini tous les livres, du coup, j’les recommence
  dans le même ordre, j’les recommence
  que la fin rattrape le début, j’les recommence
  c’est une barque qui fait le tour du monde, et encore le tour du monde, jusqu’à ce qu’un mur se dresse devant elle
  ou que s’ouvre l’abîme

  ne t’absente pas trop longtemps s’il te plaît : t’absenter me rend présent à moi-même, m’y livre sans défense
  et lors je coule…
  et puis il faudra remettre cette moustiquaire – je sais bien qu’on n’a pas de moustiques par chez nous, et que la moustiquaire ne protège de rien mais il faudra
  malgré tout
  réinstaller la moustiquaire. j’y tiens

  j’ai l’impression d’être à la fois la mer
  et celui qui ne sait pas nager, et duquel les rivages sournoisement s’écartent
  tu tombes à l’eau tu portes des bas. quand tu refais surface c’est que l’eau a fléchi, ou que l’un de vous a renoncé
  à prendre l’autre pour miroir

  n’y pense plus. dis-toi bien que ça ne marche pas, et n’y pense plus
  la chose est morte. sur un lit d’herbes froides, la chose est morte
  ça se voit par la fenêtre. ça se sent non ça sent rien, ouvre en grand la fenêtre
  d’un départ d’oiseau ou d’un retour de flamme il n’est pas ici question, referme la fenêtre

  quelqu’un m’a mis au lit. je ne sais pas quel lit, et je ne sais pas qui
  je crois bien que je dors déjà, et que cela ne change rien à ma condition d’effaré
  le fait d’être endormi depuis toujours ne m’a pas échappé – d’ailleurs j’ai scellé les barreaux
  de mon lit (prétendons qu’il s’agisse de mon lit)
  de ma perpétuité
  ainsi que de mon agonie

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