nu, il est resté nu trop longtemps

  les gens sont morts. c’est vrai ça alors les gens sont morts
  morts pour de bon, morts pour de mal, les gens sont à peine morts, à demi-morts
  ou morts tout entiers, selon le temps qu’il fait, plutôt froid en cette saison
  plutôt froid en toute saison

  la crève c’est bientôt la crève, la vie respire enfin
  avant qu’il ne soit trop tard, car il est déjà trop tard, allons donc
  se laisser pousser les couettes à novi sad, parce que sad c’est trop sad
  et que la seule dignité qu’il nous reste ne nous conduit à rien

  je crains de n’avoir rien prévu, de n’avoir rien compris
  hulule la chouette, le moyen duc la dame blanche
  mourir n’est pas le pire de moi, mourir m’élève à hauteur d’âme, j’ai peur de je n’sais quoi
  j’ai peur au fond de mon compartiment

  un chien, du muguet, rien – ce n’est pas la saison du muguet
  je m’attrape par mille lieues, je m’attrape par la queue, ce n’est toujours pas l’époque du muguet
  ni celle du lilas, soit dit en tremblant

  je retourne à la case départ, la case départ comme c’est cassant, la case départ c’est déterritorialisant
  le lieu d’avoir eu lieu, l’espoir mais sans y croire, je me trompe de train
  je me trompe de train, je me trompe de chambre, le prix reste le même, et le fantasme aussi
  l’humain juste en-deçà du prix, en-deçà du fantasme…

 

nu, il est resté nu trop longtemps

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