poisson de décembre

  un homme ne m’établit plus
  un homme n’a plus de maison
  or un homme sans maison, un homme sans maison
  il marche certes, mais il marche à côté

  je marche et quand je marche je prie pour rien
  puisque seul compte le dieu pour lequel on ne prie pas
  et seule la prière pour un dieu qui n’est pas, ou ne compte pas
  on masturbe le temps, on masturbe le temps, et le temps ne prend pas

  un homme ne m’a pas regardé
  une femme ne m’a pas regardé, non plus
  je n’existe que contre tout
  je n’existe que contre moi
  je n’existe que contre je n’existe pas
  et je reste tapi dans l’ombre du dernier homme

  un chien s’en fout, un chien survit
  qui a le courage de seulement survivre ? celui condamné à survivre, évidemment
  c’est à dire à peu près chacun, au fond du lot
  si j’avais été une femme, si j’avais été un homme, je me s’rais dit voilà, au moins t’es une femme, un homme
  au moins ça ressemble à quelque chose, d’être quelqu’un

  j’achète mes timbres à la poste
  des timbres pour l’étranger
  c’est un peu plus cher, mais les lettres d’elles-mêmes tendent à l’étranger
  de plus en plus j’ai l’impression n’avoir été qu’une bouche d’égout, une pureté dans l’œil d’un sourd
  et c’est si long…

 

poisson de décembre

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