je marche le long
le long de quoi le long de soi, marche manquée
le vide écarte les cuisses, je n’ai toujours rien à dire
avec un goût bizarre dans la bouche, un goût de baiser moisi
une haleine de cendre froide
transporter des petits bouts, de ci de ça, de ci de là et vice versa
ramasser les débris, de ci de soi, s’en faire une soupe
je n’ai jamais été qu’une âme, sans comprendre, sans saisir
une âme n’a pas les pinces pour ça
je t’embrasse sur la joue, laquelle s’interpose entre mes lèvres
et tes molaires
t’aurais l’air de quoi sans joue ? et moi sans lèvres ? nous serait-il encore permis de nous aimer ?
sans faire exprès tu me marches sur l’ombre. l’ombre n’y est pour rien. ce n’est pas elle qui est visée
mais l’enthousiasme. disons une forme d’enthousiasme
recevoir une lettre de condamné.
il pose sa tête sur mon genou. sa tête rien que sa tête
de phoque, de mal-aimé
ce moment où on lâche, où on abandonne, se laisse tomber
chute ne faisant aucun son, ne déplaçant pas
un gramme d’air
chien beige, mais seulement si tu le désires
caresser l’arête, saigner pauvrement du coude – j’ai toujours peur de me déchirer le sein
ne pense à rien, ne pense à rien – à force de ne pas y penser peut-être finiras-tu
par ne plus penser du tout
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