retarder le moment où, le moment quand, retarder
quand tout me pousse au désistement, toucher du doigt ce dont
se désister est l’impensable
du doigt le moment où, du moment que, pendant lequel
crucial bancal
ballade-moi la pluie
durant la pluie, comme on crèche en corbac, sous le préau d’hiver
il ne reste de moi que le fantôme d’une dépouille, et même pas
je viens à dieu sans fleurs, démaquillé, je viens à dieu par le train de minuit
jour de grève
jour universel, de grève universelle
il manque un peu
il manque un peu de tout, il manque un peu de langue, ou de chair à la langue
je n’irai pas jusqu’au bout, chacun saute avant la fin, chacun
ferme les yeux avant l’écrasement, en ouvre un autre, d’œil
un œil firmament
je marche comme je marche, c’est à dire à l’envers
pas à reculons, non, mais à l’intérieur des pas, tout en dedans des jambes
la moelle me brûle, de mes tibias, le cartilage de mes genoux, l’absence me brûle
l’absence me brûle la moelle du colon, la barre des gencives
mon sexe crie famine
pour qui je mange, pour qui je lève mon verre
pour qui la chiasse me prend quand j’absorbe le lait blanc
pour qui les clous, le vent enfonce les clous, pour qui le poids de toute éternité sur ma tête d’épingle
pour qui je dors et au final, pour qui je veille, insomniaque méduse

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