j’emménage avec toi
les yeux fermés d’abord, puis les yeux debout mais le reste du corps toujours fermé
fermé ou éteint, comme tu voudras
j’emménage avec toi, alors ne m’en veuille pas si dans un premier temps, je couche sous le lit
je ne prends pas de place sous le lit
disons le rebord de la fenêtre, voilà, le rebord de la fenêtre
je saute dans le vide, on se sent tellement chez soi, à tomber dans le vide
il ne faudrait jamais s’écraser, seulement tomber à perpétuité, éjecté d’une fenêtre vide
rien ne me sépare vraiment du vide que la conscience un jour de devoir m’écraser, mettre un terme à ce vide
et curieusement, c’est cela même me séparant du vide qui le creuse en premier lieu
j’ai dix sous de côté, t’en donne un ce soir, ce qui fait qu’il m’en reste sept et demi en comptant les menues dépenses de la journée
je ne sais pas ce qu’on va foutre de mon sexe, si ce sera jamais possible de le croiser avec ton sexe, combler le vide
on pourrait se sucer mutuellement le pouce pour commencer, histoire d’en comparer les goûts, puis le goût de nos salives sur nos pouces respectifs
nos pouces respectables
les enfants ne pleurent pas, ils ont trop peur pour ça
je m’agenouille mais la prière ne vient pas, je pousse de toutes mes forces mais la prière ne vient pas, je n’ai aucune force
dieu me sent là. il suffirait d’un mot or le mot ne sort pas, un mot de moi pour l’arracher à son silence, le délivrer de son impuissance
de mon impuissance
en chien de faïence comme en chien de paille de toute façon, on ne se regarde pas
on n’ose plus
tu préfères que je ne regarde pas
tu préfères que je me tourne
tu préfères que je parle pour parler, c’est à dire pour ne rien dire, camoufler le silence
un silence si gênant parfois qu’on lui ferme la bouche, qu’on le bâillonne honteusement
tu préfères que je regarde ailleurs, comme si ailleurs n’était pas le miroir inversé d’ici même, de cette obscénité
fallait pas se mettre nue, non plus…
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