bleu de vierge, tache de vin

  je les scie mais je les respecte, les béquilles
  je ne me suis jamais senti si dénudé, démuni désemparé que face à une femme
  me confessant son agression
  les larmes que l’on ne verse pas nous persécutent
  j’ai moi-même beaucoup trop froid pour être une maison, une porte à son poste

  un jour un homme a fait une blague tandis que je mourais de faim
  enfin pas tout à fait, puisque je ne suis pas vraiment mort, semble t-il
  quoique cela ne me rassure pas totalement
  et par ailleurs, cela insinuerait que ne pas être mort ne consiste qu’à sembler…

  j’ai eu ou je n’ai pas eu la scarlatine. je regarde de si haut de si loin mon enfance, si haut et si loin que je n’en sens plus rien
  si ce n’est par les trous qui persistent en mon âme et conscience, ces trous ne faisant pas la différence
  entre qui je suis et qui je fus, entre naguère et désormais, ces trous comme des yeux au travers desquels
  je me vois, tétanisé

  je partirai demain, comme chaque jour je partirai demain, sauf que demain je n’irai nulle part
  demain je resterai bien au froid, pour une éternité de plus, et j’en saboterai la chanson
  chanter ne me va guère, danser danse sans moi, danser piétine ma tombe
  j’habite le non-lieu

  si tu ne soupires pas souffle-moi sur la bouche, cela me soulagera d’un cri tant retenu
  j’ai peur par la gouttière, j’ai peur par la lucarne, ce qui est tout pour moi n’est rien pour moi, je ne suis rien pour ce qui est tout pour moi
  pour tout je ne suis rien, bien moins qu’un coquelicot

 

bleu de vierge, tache de vin

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