un rasoir pour deux

  sous mon casque il y a un crâne, les insectes s’écrasent sur la visière – être homme, n’est-ce pas choisir le lieu de son décès, élire son puits ?
  de quelle femme eus-je été l’homme ? l’homme n’est-il homme que d’une femme – dès la deuxième se confondant déjà à la bouée
  de son propre naufrage ?

  le pays le plus gris ne résiste pas à ses fleurs – l’homme-bouche a tété son moignon
  quand je me regarde de travers c’est de travers que je me regarde, le pôle nord en pleine poitrine
  et le nombril à découvert

  j’en reviens à ma moelle épinière. je cours en rut à travers la sapinière
  le cache-sexe d’un jour si gris. je lui demande si ça va – ça va ça va, ça va entre deux piles
  de linge toujours sale, quoi qu’on y fasse

  des chants dans les herbages, des orties plein le slip, tu gratteras jusqu’au sang l’allumette fringante
  il faut mourir en ordre. des gens marchent sans cesse juste de n’avoir nulle part où aller., on leur procure des tentes
  cela ne suffit pas – je leur livre mes rites, mon gîte, encore ma tante
  quand le feu s’éteindra, les cendres renaîtront, prédisent-ils

  j’ai un cheval par hasard, faut dire que j’ai acheté un cheval par hasard
  parce que chez nous, on achète les chevaux, on achète tout – nos dents, nos propres baisers, nos simples hasards, dépourvus de coïncidence
  et jusqu’à notre propre écho, miroir d’un cri qu’on n’a jamais poussé

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