l’amorce d’un pied nu

  ils ne voulaient pas se faire, se défaire
  se dire ni se dédire – ils ont finalement réussi à attraper le loup
  par la queue
  et le loup les a bouffé

  le deuil, c’est de se refuser à abandonner ce que l’on a aimé, refuser de le sacrifier afin de survivre soi-même, ou de vivre une vie à soi
  le deuil c’est de continuer à mourir avec nos morts, à vivre de leur mort plutôt que de les trahir, d’ainsi trahir l’amour en nous, sans lequel nous nous dégoûterions de vivre
  – tuer son passé à coups de rame, à la faucille ou aux chardons, délivrer la mort de ses morts pour vivre de mort pure…

  passer sous les radars, entre les gouttes et jusqu’à un certain point
  pour un éternel autre. il ne fait jamais chaud, par ici
  doux n’est pas chaud
  doux n’est pas froid non plus
  comme un pays qui pourrit à l’intérieur de nous

  n’appartenir qu’à soi égale être perdu, les jours où l’on s’immonde
  que ce soit par la vie, que ce soit par la mort, je fais tout pour échapper à la terre
  j’en ai pourtant plein la bouche, de la terre
  ou de ce pain rassis

  trouver refuge sous un arbre nous préservera un moment de la pluie
  après, on verra
  une piscine où plonger, un ciel à creuser, inversé si nécessaire, quitte à se dissoudre dans la mort intérieure
  au bout de laquelle, va savoir, une paire de jambes nouvelles…

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