dire qu’il fait beau

  il s’est perdu dans le nombre d’habitants. il aspirait seulement à être l’un d’entre eux, en appuyant sans y paraître sur l’adverbe seulement, en dépit du bon sens
  il ne reconnaissait pas son accent. c’est à dire que celui-ci ne lui semblait plus aussi familier, plus aussi naturel depuis que…
  depuis rien. la mémoire saine ou sauve mais pas les deux non, pas les deux en même temps

  ce n’est plus une langue c’est un cheveu. suffisant cependant pour le dire, pour dire quoi ? je n’sais pas. dire qu’il fait beau par exemple, et le dire sans ciller
  et même, si l’on aime à tenter l’impossible, en corrupteur mystique, le dire une bonne fois pour toutes ou par acquis de conscience – dire quoi ?
  dire qu’il fait beau

  évidemment, c’est du mystère
  à moins qu’il ne s’agisse que d’un humble secret, suffisamment humble pour être profond quoique pas si profond qu’il puisse passer pour mystère
  j’ai largement la baie, se dit-il, ouverte sur le côté. et de là nier tout un mur…

  le poids dès qu’on l’oublie, il nous faut l’emporter
  il aurait pu se contenter des premiers termes de la proposition, sans même prendre la peine d’y accoler certains points d’inutile suspension – or il fallut l’emporter, ce poids dès qu’on l’oublie
  et nous avec, quelque détachés que nous déambulions

  il s’est perdu dans le nombre des résidents, les confondant aux passants, et de passant lui-même ne sachant plus où résider
  le regard se souvient-il encore de la flamme qui l’anima, ou d’un air qui l’accable en sauvegarde t-il le terne souvenir, que rien ne justifie ?
  c’est sur cela qu’elle couve.

 

dire qu'il fait beau

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