j’ai éteint la mort et je me suis bien tu, bien tu, rien ne dépassant de ce qui n’existe pas
depuis l’origine déjà je n’ai rien existé, le couteau nage en moi, planté à l’endroit même
rien ne le retire ni ne l’extrait de mon corps à ja-
mais prématuré
fonce dans le vide et tiens-toi sage, il te reste faute de vivre, une âme à perdre
et comme un nuage se recroqueville dans le poing dur, on se frappe au hasard en plein visage et ailleurs
ailleurs toujours plus bas, toujours plus loin en soi, d’un soi toujours plus bas
je marche dans la forêt et c’est toute la forêt qui meurt, qui ne dit pas son nom
j’achète un sécateur et c’est avec ça que dedans moi j’opère
il y a une fille en moi, et tout au fond de moi j’attends qu’elle me sourie,
me reconnaisse enfin
je marche sur un néant dur. dure est l’insignifiance
dure genre béton dur, raide mur
avec un faux couteau suisse je décapsule une bière. c’est ma maison et c’est là que je m’emmitoufle dans ma peur
j’ai tout un crâne pour me protéger de la nuit mais pas du noir
je marche un couteau dans le ventre, un couteau planté
je marche même quand je ne marche pas. je reste enceinte d’un cadavre. c’est en moi qu’il pourrit
il ne me sourit pas. se contente de me regarder tristement, ému de gratitude et scrupuleusement évitant
d’évoquer ce sur quoi mon corps est né
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