mon bateau feignait d’sombrer

  on s’y reconnaît pas, on s’y reconnaît rien
  marchant à reculons dans la plus sombre prédiction
  et à tout petits pas, les orteils collés au talon, ou comme si on devait remettre le bonbon dans le sac et touiller d’une main fébrile
  saliver dans l’décor
  mais là y a plus d’salive – qu’un vieux clou de girofle fourré dans une dent creuse

  c’est donc l’histoire d’un miroir, où c’est lui qui nous scrute et se cherche
  en nous, afin de restaurer l’image globale
  naturellement, on floute. on floute à notre insu. on déraille l’apparence, tout naturellement
  jusqu’à présent personne n’est beau, sauf quand il meurt
  or on ne meurt pas si souvent

  je m’absentais la nuit. voilà pourquoi on ne s’apercevait de rien
  de rien c’est déjà ça, de nuit ça se voit pas. je m’absentais de jour, aussi.
  peut-être est-ce là que tu m’as reconnu. c’est difficile à croire
  je préfère ne rien croire. croie ça donne soif

  on dit qu’un homme et cet été. or ce qu’il fut quoique
  cela ne nous regarde pas.
  à force d’imiter les ombres nous sommes nous rendus transparents. on dit qu’un homme et ce raffut…
  cela ne s’entend pas. il miaule à chaque porte
  chaque porte s’enferme

  dernier accroc dans ma cabine : il manche.
  il n’est pas trop à plaindre, le vilain frère des oies. il se mouche dans l’herbe.
  celui qui manque à l’appel ne recevra pas de gifle. dorénavant, il ne recevra rien du tout
  pas un centime de grâce, ni corvée de douleur

 

mon bateau feignait d'sombrer

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