et puis à midi, à minuit c’est pareil
à minuit il fait noir, il fait gris à midi. à midi trente aussi
j’ai les jambes cousues, difficile d’avancer, il va t-être
compliqué d’aller plus loin, va falloir se contenter de
revenir de nulle part
et de nulle part ailleurs
nulle part c’est ailleurs, on y a son comptoir. son rond d’sapin, le trou béni
le meilleur on le garde pour la fin, la fin fait comme elle peut
il n’y a plus que moi en été, moi dans tout l’été, moi
dans le plein été. si seulement y avait eu l’été
si seulement y avait eu moi
l’un en l’autre et l’autre en l’un, ailleurs c’est déjà nulle part
et nulle part déjà l’hiver…
comme la place était prise, du dernier homme, j’ai pris l’avant-dernière
ou l’antépénultième. je n’ai
pas su garder sa race – allez en un seul souffle :
je n’ai pas su garder sa race
intacte. intègre. pure. la race du dernier homme. du dernier homme connu
connu de qui du pénultième, ou de l’avant-
avant-dernier
homme connu connu de qui connu de nul, non advenu, pas même de lui-
même en tout cas, ou à peine
il a merdé. il a foiré. allons bon.
j’ai marché jusqu’au nord. ça fait un bout. il a bien fallu faire demi-tour, rebrousser court
j’ai marché jusqu’à moi, encore très loin du sud évaluai-je, à inégale distance entre est
et ouest. entre est et ouest le terrain vague, la nitrate, soleil miteux
entre est et ouest terrain miné, verglas heureux
la dernière fois j’ai dit ouvre les dents, tu m’as dit non
ou plutôt non tu n’as rien dit, pas même fait comprendre, te suffisait
de les garder serrées, farouchement, à la manière d’un sourire figé, d’un sourire renfrogné, le refus de l’ouvrir
après le dernière fois je n’ai plus rien compté, ni compté pour rien
me suis laissé aller, aller tel qu’on s’y pend
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