la vie en mars-mathieu

  et puis à midi, à minuit c’est pareil
  à minuit il fait noir, il fait gris à midi. à midi trente aussi
  j’ai les jambes cousues, difficile d’avancer, il va t-être
  compliqué d’aller plus loin, va falloir se contenter de
  revenir de nulle part
  et de nulle part ailleurs

  nulle part c’est ailleurs, on y a son comptoir. son rond d’sapin, le trou béni
  le meilleur on le garde pour la fin, la fin fait comme elle peut
  il n’y a plus que moi en été, moi dans tout l’été, moi
  dans le plein été. si seulement y avait eu l’été
  si seulement y avait eu moi
  l’un en l’autre et l’autre en l’un, ailleurs c’est déjà nulle part
  et nulle part déjà l’hiver…

  comme la place était prise, du dernier homme, j’ai pris l’avant-dernière
  ou l’antépénultième. je n’ai
  pas su garder sa race – allez en un seul souffle :
  je n’ai pas su garder sa race
  intacte. intègre. pure. la race du dernier homme. du dernier homme connu
  connu de qui du pénultième, ou de l’avant-
  avant-dernier
  homme connu connu de qui connu de nul, non advenu, pas même de lui-
  même en tout cas, ou à peine

  il a merdé. il a foiré. allons bon.
  j’ai marché jusqu’au nord. ça fait un bout. il a bien fallu faire demi-tour, rebrousser court
  j’ai marché jusqu’à moi, encore très loin du sud évaluai-je, à inégale distance entre est
  et ouest. entre est et ouest le terrain vague, la nitrate, soleil miteux
  entre est et ouest terrain miné, verglas heureux

  la dernière fois j’ai dit ouvre les dents, tu m’as dit non
  ou plutôt non tu n’as rien dit, pas même fait comprendre, te suffisait
  de les garder serrées, farouchement, à la manière d’un sourire figé, d’un sourire renfrogné, le refus de l’ouvrir
  après le dernière fois je n’ai plus rien compté, ni compté pour rien
  me suis laissé aller, aller tel qu’on s’y pend

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