si je devais partir de la réalité je ne partirais de rien
c’est donc un point fixe situant l’horizon sur la carte du vide, la crête d’un naufrage qu’il faut bien évacuer, présentement de la manière la plus inattendue, au point d’en sembler inappropriée :
un poème par exemple, ou ce qui nous reste de voix quand même la douleur nous quitte, lâchement nous abandonne
à notre naturelle mouise…
peu importe, ouvre les dents
je n’ai jamais rien su faire de mes dimanches. de mes lundis. de mes mardis…
pour embrasser avec la langue, je lui dis ouvre les dents
open the teeth, I told, et ça pue la famine
je coule à pic dans mon temps, c’est pas exprès
j’écoute avec la mort, et le mur se raidit
j’écarte les rideaux et c’est encore le mur, le même réflexe mural, l’automatisme massif
j’écoute avec la mort, comme si l’un était l’oreille de l’autre, ou chacun de son côté l’oreille d’un même idée noire, au fond d’un crâne dégarni
j’écoute à la porte du mur j’arrive presque à faire semblant, quand le vent broute,
d’entendre quelque chose…
une dalle. piquer une dalle. coller la bouche à l’pierre tombale. abîmer l’maquillage
pas soigneux pour un sou
alors j’ai pris mon verre, le petit de côté, celui ne contenant que la mélancolie. du lourd planant. une dalle
une dèche et des brouettes
t’y colles ta bouche j’y colle ma bouche
ma bouche ta louche
frivole oh la matière, je reviendrai pas dessus
d’ailleurs elle pique, elle pique oh la matrice, l’oursin dehors, toutes piques dehors, à l’orée d’la matrice
le temps des chaînes… des matricules faussés
le temps faussaire, le temps faux cils
et j’en fais quelque chose, il faut bien en faire quelque chose – le froisse, le fous en boule, le balance
balance oh le joli balance. balance ton mort

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