terre des brumes, chien qui pisse

  il a plu toute la nuit, comme par un fait exprès. et de fait fut exprès
  sur ce le jour se lève, ce qui n’arrange rien. derrière les vitres où de vagues visages tardent à l’allumage, le café, certains matins, a comme un arrière-goût
  de cigarette…

  à l’heure de la promenade. la promenade sous la pluie. on affecte pas grand chose, on prend comme à chaque heure la mesure de ce qui nous distingue d’un mort
  pas de n’importe quel mort mais, précisément, du mort en nous, du mort qu’on est déjà, et de tout âge

  des mottes, partout des mottes. des taupinières. on ne se demande pas quel jour. on ne se demande pas comment le jour
  au ras de l’être, seulement, sortir ses p’tites oreilles…

  j’ai le cri d’une mouette. même sans le son, on n’entend plus que ça. je n’entends plus que ça. je ne suis plus que ça. le AUM de la mouette
  en moins mystique c’est sûr. un peu plus déchirant

  il morfle dans les gris
  ce n’est plus un ciel, mais une lessiveuse. qu’y creuse une gueule de bois ?
  une gueule de bois n’y creuse rien. une gueule de bois n’y chante pas

  toujours besoin d’une petite lumière avec soi. où qu’on aille, petite lumière
  qu’on se la tripote qu’on la mette à sécher, en sourdine ou à tremper, partout tout l’temps, clignote la loupiote
  en plein néant

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