je me mange, je n’fais rien

  ce chien est rouge tous les chiens heureusement
  ne sont pas rouges, or celui-ci précisément
  est rouge. on s’en accommode
  ou pas
  non tant d’avoir vécu – ça c’est fait – que d’avoir encore à vivre, sans raison vraisemblable
  ni même valable, et valodia qui dit allez, on r’met ça
  sacré valodia va, zapoï épique
  épique et colégram
  un peu beaucoup passionnément
  voire pas du tout

  ils ont les mains libres c’est à dire qu’ils n’en font rien qu’ils n’en
  branlent pas une – les hommes
  courent après les femmes, ça les occupe, ça occupe les femmes
  aussi. les vrais gagnants
  dorment en boucle, squattent nos lits
  du coup nous on se nique le dos

  je ne crains pas d’être distrait du vide quand tout me ramène
  au vide dans son cri d’oiseau, au vide quand il se tait, quand on le tait, que le silence à coups de masse
  le réduit.
  il n’y a plus que l’air et un poumon
  plus que l’air
  et un poumon

  si on a le choix c’est qu’on ment.
  j’ai un petit truc rouge
  au bout du fil, car j’ai un fil aussi, me rattachant
  à rien en particulier ou à un pe-
  tit truc rouge – ne serais-je au final que ce
  petit truc rouge là, au bout duquel pend
  l’homme qui ment, hésitant entre rien et le rien, l’insignifiance et la
  conscience de l’insignifiance

  et malgré ce, il aime
  il aime, il pense à ça il ne vit pour
  rien il ne vit pour
  il a rendez-vous au dentiste demain matin il a déjà la veille au soir
  sorti sa brosse à dents ses affaires propres lesquelles reposent
  sur le piano désaccordé, il est désaccordé il n’a peut-être même plus
  de corde
  de dent
  ou d’affaires propres

 

je me mange, je n'fais rien

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