voir la mer en photo

  la pluie fait son chemin, pas si large que ça
  d’après nos courtoisies tout un monde s’effondre, un monde
  presque entier, tenant sur un seul pied – un axe c’est déjà ça
  une hache s’en approche, c’est moche

  méticuleusement, j’abrite un arbre
  un parapluie recouvrant mes
  cheveux mouillés, j’arrose le néant
  un néantversant d’un autre néant – chaque lampe
  ravive mon ombre, pas plus épaisse que ça

  j’abrutis complètement
  complètement dum
  un trognon d’homme
  – qui se nourrit de moi ? une ombre, un trou
  se nourrissent de moi, tombe dans l’trou
  je m’ouvre à la caresse mon dieu que le vent frêle, mon dieu,
  que le vent froid…

  insulte mon pardon. insulte ma pudeur
  et puis je m’en irai de là
  où tu auras pris pied, pris possession
  attrapé l’océan par la queue, le poisson par le fond
  médit de soi jusqu’à l’usure
  l’usure ça use
  l’usure ça dure

  et si tout à coup l’ombre cédait
  comme ça, tout à coup cédait
  et ce face à rien, que rien ne viendrait compenser
  – une fois le mur tombé, combien de temps encore son ombre
  peut-elle tenir, à quoi tenir, sur mon épaule s’appuie
  épaule s’appuie, combien de temps encore, sur mon épaule s’appuie, je
  sur mon ombre m’appuie, si tout à coup cédais…

 

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