dors. ne me conte pas d’histoire

  plus loin encore et comment parler quand on n’a plus que soi qui puisse s’entendre mais qu’on n’a plus vraiment
  rien à se dire, comme si quoi qu’on se dise…
  un homme en moi que c’est vulgaire
  un dieu sans auréole, une perte de sens
  une prise de vue, là où il n’y a rien à voir

  ma vie s’est rapetissée, au fur et à mesure que progressait l’insignifiance
  les frontières s’estompaient. mon père à ma naissance travaillait au bureau des douanes
  le colonel est mort, j’en suis à aller pisser toutes les deux heures
  pour le divertissement probablement
  ou pour faire diversion
  mais diversion à quoi ?

  j’habite loin de la poste, et surtout le chemin n’en vaut pas le détour. j’hérite d’un
  vide incommensurable. je ne sais pas quoi faire la nuit
  je ne sais pas quoi faire le jour – d’un 
  vide incommensurable

  ton extrait d’acte de naissance
  a plus de trois mois. et toi aussi tu as plus de trois mois, ton extrait d’acte de naissance.
  je m’endors seul, perpétuellement je m’endors seul. et soi aussi je m’abandonne. les chambres gardent froides.
  un œil au fond d’un œil. tapi. au taquet. mais sans paupière pour le soulager
  hors-clôture

  ma maison a été cambriolée. il n’y avait rien à voler, à mettre sens dessous
  à part un rouleau de PQ, une tasse fêlée. j’ai pris de vous…
  j’ai pris de vous rien, avant même
  que la nuit nous submerge

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