bouddha mais pas du bon côté

  mon chien est mort à midi-vingt (prononcer le t de vingt) et je n’ai rien mangé
  il n’y a pas de vie pour toi
  des chrysanthèmes pour chrisostome, beauté des yeux auxquels on a ôté la vue, et cætera
  et cætera
  et cætera

  la joue contre la vitre, embuée
  d’un paysage morne – dis, c’est encore loin belgrade ? une ombre
  peut en cacher une autre, on plonge en l’une et c’est en l’autre que
  l’on se réveille transi, chair de poule et coccyx foulé
  on trouve enfin quelqu’un de gentil c’est un piquet en fer planté dans ce sol stérile, ce brouillard mou

  je ne suis même pas moi, zéro virgule des poussières, faut pas pousser le vent
  le fil dans le chas d’un zéro on a déjà vu ça, mais de quelle couleur
  en ressort-il, et vivant ressort-il ?
  je me promène sans toi. sinon à quoi bon se promener ? se promener c’est définitivement
  sans toi quel que toi que ce soit, cheveux sales ou cheveux bleus

  la chèvre de monsieur seguin je la connais par chœur, je l’ai mangée cent fois
  ma vie se résume à cela: un masque de loup, un bêlement de mouche
  la prochaine fois qu’on se raclera la gorge on n’oubliera pas de
  se raser la langue…

  infâme tristesse mon amour, un mille-pattes dans le vagina (prononcer le dj de vagina)
  l’oubli commence par les mots, les couleurs par le blanc, puis s’attaque aux visages – j’espère que tu
  ne me distingues pas d’entre les morts ou quoi, que la vue ne cille pas – aspirerais-je encore à cette nudité
  dont les yeux d’un aveugle nous donnent l’idée claire ?

 

bouddha mais pas du bon côté

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