mardi zombi

  la boca pleine de boue, la boca pleine de bouche, tu vas loin
  assis là dans un coin, assis là tu vas loin
  ou trop près
  ou si près
  assis là dans ta bouche
  ta bouche la boca

  il y a un homme en toi qui ne renoncera pas
  il y a un homme en toi qui refuse de crever, qui le refusera jusqu’au bout, qui ne peut pas ne pas le refuser
  cet homme-là n’est pas le pire ennemi de dieu – admettons qu’il en soit le pire ami, à la rigueur
  il y a un homme en toi qui ne sait pas comment on fait, ni comment chaque homme en soi
  s’en sort, ou prétend s’en sortir bref, comment il continue malgré tout et fait pour continuer avec à l’esprit constamment présente l’idée
  qu’il ne s’en sortira pas

  sortir du bruit, de la boîte à bruit
  pour percevoir enfin la voix pure, très pure, parole unique imprescriptible
  sans point sur les i, sans accent circonflexe, sans se barrer la route
  sans se barrer la route cependant
  parvient à s’échapper

  j’ai sale métèque, sale métèque t’as vu ça, ma gueule de
  piètre contrefaçon, béquille de remous, et pourtant je battais les enfants moi quand j’étais p’tit, je les frappais avec le poing dans la gueule :
  tout me sert de gueule
  tout me sert de poing
  tout me sert de poing dans la gueule
  mon poing
  ma gueule

  la boca pleine de sable, la boca pleine de merde
  le sable, quoi, de la merde solaire disent-ils
  ils en disent tellement…
  il y a tant de choses avec lesquelles on doit vivre
  et pléthore de consolations pour supporter toutes ces choses avec lesquelles on doit faire
  avec lesquelles on doit supporter de vivre
  toutes ces consolations, la boca pleine d’orties, de vipère
  le colon plien d’oursins, oh les mauvais coussins

mardi zombi

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