sans émotion le singe

  j’ai repeint ta vie en bleu – un genre de bleu gris, très triste, plutôt morne. je me suis dit que ça cacherait au moins les taches, tout en restant discret. car tu restes discrète avant tout. tu te coiffes toujours de telle sorte qu’on ne remarque pas de quelle sorte tu te coiffes, et ça rend parfaitement. je ne sais pas vraiment ce que ça veut dire, parfaitement – quelque chose qui te répugne j’imagine
  quand ainsi tu te défais

  tu as tes règles et le ciel tranquille aujourd’hui, baleine éventrée couchée sur le côté. de cette tranquillité-là. tandis qu’on s’endort seul, s’éveille seul, marche seul sans pour autant toucher sol on dit qu’on n’a plus pied, qu’il n’y a de toute façon plus rien à gérer et qu’on a tout le temps, puisque ne reste que ça, le temps – ce vide tranquille, baleine échouée, et là comme une portée de chiots tétant quelques moments encore
  leur mère morte

  j’ai cru que tu ressentais quelque chose, que lorsque tu me présentais sournoise le miroir, il s’agissait d’autre chose que de ton cul, ni n’écartais pour rien les jambes à angle droit, d’équerre et comme une injonction pesante. je n’y suis pour rien tel que j’en tremble encore un peu, et si je croise de même un semblant de regard, de ce regard-là qui
  nous arrache à nous-mêmes

  des chiens errants j’en ai croisés pas mal, quoique très individuellement. je m’accroche à tes basques l’odeur doit y être pour quelque chose je pense mais que ferais-tu sans une ombre à piétiner, ni t’embrouiller les jambes ? je veux bien faire quelques pas avec toi et descendre le parc, toi sur tes talons moi sur mes gardes. le soir tombe déjà et on a tous à prendre un tram, un car ou un ferry – tout dépend de l’intensité souhaitée
  à perte, et du sens de l’éloignement

  j’arrive à quelques zéros près. où je tourne plus rien ne se retourne: tout va déjà à l’envers, le ciel sens dessus dessous, ou alors très bas. c’est sans émotion que le singe reconnaît qu’il n’est pas singe, ainsi qu’il a pu le penser des années durant cela dit, que la queue tombée, le masque puis la grimace. il eut fallu avant toute chose et qu’il ne soit trop tard
  t’embrasser sur la bouche au minimum

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