il y avait quelqu’un au bout de la jetée
quelqu’un de tranchant.
j’apporte ce que je peux: des boutons qui n’ont pas refermé, des boutons
qui n’ont jamais ouvert. je recouds les soupçons
avec mon pouce
personne n’a mes dents. personne ne
mord ni ne rit avec mes dents.
quand on ramasse un bout de bois on se baisse d’abord, puis on se lève. on n’a fait que déplacer le bout de bois et ce faisant on en a changé le sens à nos yeux
et le sens en a peut-être modifié la nature en retour, ou le sens de sa nature à nos yeux.
personne n’a mes dents. elles
tombent toutes seules, depuis toujours
tant qu’on respire on n’a pas encore tout perdu. il reste quelque chose à perdre. ce qui suppose qu’on n’a toujours rien compris
la sagesse des morts leur blanchit les dents, mais je doute qu’elle leur joigne les paumes
qui ne leur servent à rien, pas plus que les dents
reste t-il une plage hors la tristesse, la sauvagerie de la tristesse ?
existe t-il une plage ? une marge à l’océan qui après tout ne fait que s’effondrer sur lui-même
supportant le cri des mouettes
ou ne le supportant pas
supposé qu’un homme me baigne, ou une femme
supposé qu’il, ou elle, me maintienne la tête en arrière, jusqu’en pleine lumière, une main glissée sous ma nuque
supposé que je n’ouvre plus les yeux, que plus rien ne me force à ouvrir les yeux, nul danger
supposé que je n’existe plus, que je ne différencie plus pile de face, le profil du côté
je marche à l’ombre de moi-même, désespérant
de jamais la dépasser…

Laisser un commentaire