je ne suis pas réductible à mon existence, me concevant à partir de cela-même qui la dépasse, de la marge que mes propres limites suggèrent. je suis à la condition d’outrepasser ma condition
du coup je pense me prendre une journée la mer, profitant d’un crachin opportun, d’un délicieux crachin
je ne suis pas certain que la vie vaille d’être rêvée. et je ne vois pas pourquoi non plus, sous le prétexte de parvenir à un but quelconque – en l’occurrence le littoral – il me faudrait m’en épargner la route. même si un peu longue, la route en effet se fait très bien. pas plus désagréable qu’une autre au fond, du moins sur son plus long segment
peu importe ce que je pense de moi en définitive, tant que cela reste abstrait, dans l’abstrait, que les rapports me profilant demeurent suffisamment éloignés de toute matérialisation et mes pieds bien à sec. il est des plages dont on ne peut se priver, or la mer s’avère incontournable même à qui se refuse résolument d’y couler à pic. et l’on ne parle pas ici exclusivement de la mer intérieure
si je franchis le mur, passant outre les difficultés que cette opération peut présenter, c’est qu’il m’obstrue la vue, et que ce faisant j’escompte accéder à une vue pour le moins dégagée, quitte à en abîmer la plante sur les gravats, les tessons de mémoire, les herbes coupantes, et simplement la lande en son genre, ce dénuement quasi universel et sans un bar à proximité
mais il en va ainsi, et de telle sorte que se perdre constitue le moyen le plus honorable de ne pas succomber à soi-même
une chèvre, un piquet. les rumeurs maritimes ont beau parvenir jusqu’ici et témoigner du large indispensable, je ne me résous pas à mon actualité, ni même à la possibilité d’en déborder quelque peu par l’idée d’un au-delà déprimant en contrecoup toute réalité
il me faudra rentrer avant la nuit, les routes n’étant d’aucun secours sous la bruine – postillons d’une mer, si intérieure soit-elle…

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