KARAVAN

  la mort abolit toute faute. à l’homme qui meurt nous pardonnons tout: un mort ne saurait être coupable – la mort lave de tout
  un homme mort est l’homme à l’état pur, extrait des circonstances, des déterminations. la mort absout et pleurer un mort c’est recourir à notre humanité profonde, retrouver le sens inné de notre dignité
  on ne triche pas avec la mort car la mort ne triche pas. les morts
  ne trichent plus

  je ne suis pas laid je suis une tombe, source d’un vide immense, incomblable
  j’ai peur de tous ceux qui ne sont pas moi, j’ai peur de tous les morts, j’ai peur de moi mort, j’ai peur
  alors j’éparpille mes cendres, je me broie les os, je m’éjacule dans l’œil – avec mes souffrances d’homme, je me regarde de l’au-delà, désemparé
  je n’ai jamais su être mon propre ami

  les petites âmes ont été terrorisées, celles-là même qui donnent sans réfléchir
  les mendiants sur leurs courtes pattes, de leurs moignons et ayant la décence de ne
  pas demander pardon, et de haïr sans haine comme savent les victimes
  je m’approche de toi et tu ne me reconnais pas – c’est à cela que je sais être moi, et toi dans ma douleur

  les hommes ne font qu’un avec moi, mais non leurs femmes
  leurs femmes ne m’aiment pas. elles ne me sentent pas, devinant mes inclinations régressives lunatiques
  les hommes ne sont que la sueur suintant de leurs aisselles, elles ont peur de ceux qui comme moi
  déjouent leurs petites combines, percent leur pénible petit secret, les
  démettent de leur féminité jusqu’au dernier grain de beauté, jusqu’à les réduire à leur intransigeante
  humanité. il n’y a d’amour que l’amour, même si franchement le ciel s’en branle
  drôle de véhicule

KARAVAN

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