nausée des rades

  plus rien ne sera comme avant, ni avant
  ni pendant – je regarde autour, tout autour
  et je regarde dedans, tout dedans
  d’un seul courant, d’une seule vie qui jubile j’arrête, j’abdique, je
  déterre mes os

  un lieu ne va pas plus loin.
  ils espèrent mais ils n’espèrent rien, hissant de blancs chiffons
  la pluie aura raison de nous et ça tombe bien: il pleut
  si la pluie n’y peut rien, l’absence alors de pluie
  aura raison de nous. aura quoi ? aura raison

  un chien m’est entré dans la peau et je me suis arraché la peau
  j’ai peur de me souvenir, je fais donc semblant de ne me souvenir de rien
  je fais semblant de ne, je fais semblant de je, je m’appelle et me répond n’importe qui, n’importe quoi
  sauf l’oubli

  plus loin l’odeur, plus loin le poil qui
  n’avait pas d’odeur, c’est pas comme si
  on rentrait de nulle part pour constater que
  personne ne nous attend, et que c’est de mauvaise humeur qu’on se résigne à
  partager le borch, la palinka
  et la pilule du lendemain

  je ne m’entends pas
  j’ai beau crier je
  ne m’entends pas. j’ai beau me taire je ne m’entends pas non plus. un navire sombre – sombre
  mon navire
  la lumière glisse sur sa coque, la lumière glisse sur sa rouille
  je me suis déterré et ne sachant que faire de ça, j’ai fredonné peut-être pas un air:
  un filet de souffle tout au plus, une braise de quelque chose qu’au fond du slip et très crispé
  on nommerait espoir

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