ni le ciel ni les hommes

  ça tourne en rond
  tu peux le dire comme tu veux, ça tourne en rond
  même pas en rond: ça tourne en rien, à vide, à l’aveuglette
  une blanche corneille pour toute réponse à notre
  perplexité

  un vent de force sept, à décoiffer la lune, je décroise les jambes
  les recroise à l’envers, symétriquement, préservant ainsi par les contraires une forme d’harmonie, et revendiquant de fait
  une certaine dignité dans l’effondrement
  – mieux vaut jamais que tard soutiendras-tu, quoi qu’il fut encore tôt

  j’amène une page vierge, une paume ridée
  cela ne suffit pas, je crains, à tenter l’infini mais sait-on jamais, hein, sait-on jamais ?
  non, pas vraiment
  pas ce soir en tout cas

  les gens de la forêt sont sortis de la forêt
  à moins que la forêt ne se soit couchée à même le sol, abandonnant l’espace au vent ou pire encore qu’au vent
  : à ce que le vent même ne parvient à chasser – plus pur que le silence pur, plus silencieux
  qu’un espace intérieur

  ça ne finira pas mal
  ça finira c’est tout, et rien sur cela ne recommencera, faisant ainsi place nette
  – quelle est la substance du vide ?
  on ne gagne rien, on s’essuie la bouche puis se frotte la main sur le pantalon
  il faudra mettre le pantalon à laver
  au moins ça

  au pire on fera comme j’ai dit
  ou comme j’ai cru dire, ou peut-être seulement pensé je n’sais plus
  bref on ne fera rien, les bras tendus comme à tâtons dans le noir
  soit en somnambule, même si les somnambules évidemment ne se comportent pas de la sorte
  ni d’aucune sorte d’ailleurs: les somnambules ont tous été liquidés
  le même jour, ou bien le lendemain, que les terribles funambules

ni le ciel ni les hommes

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