à cause d’une lampe vide

  je sais, que j’ai mis le doigt là où il fallait pas – mais va dire à la souris prise à la tapette qu’elle… bref. tu connais l’agonie, les petits cris, le visage émacié. on se fait à l’objet de la souffrance mais pas à la souffrance elle-même. alors on retourne la fille de l’autre côté, nous qui ne sommes que d’un côté…

  je ne suis pas curieux. ne me consume pas cette avidité de m’approprier le monde. les départs me déchirent et je suis resté là, à regarder la journée durant les cargos descendre et remonter l’estuaire de l’elbe, troué d’angoisse pure. je ne suis plus que de l’humain, un gouffre quémandant le pardon de l’univers entier
  pour si peu de chose en dernier lieu

  une fois qu’on ne sait rien on ne sait rien. ils aspiraient à la pureté en se vautrant dans la fange, respirant par le nez. ils voulaient tout rendre à la pitié, de cette pitié-là de tendre la main 
  à qui cracherait dedans

  parce que le plus haut le plus bas, l’anus de la vulve, l’œil bleu du mégot incandescent – j’ai tant de choses à na pas te dire…
  faire des phrases par amour des boucles, émettre des bulles de silence par amour de boucles plus larges encore. et verser goutte à goutte dans ta bouche des dents de chien , tessons de verre jets de sperme,
  des lettres sans leur timbre…

  je sais que tu n’y es pour rien, je sais mais quand même il faudra que je te tue, si je puis me permettre de vous tutoyer
  d’abord il n’y eut rien. en cela réside le véritable miracle, l’authentique déflagration
  le reste c’est du commentaire

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