la mémoire s’écourte, petite grue, la toiture s’écaille
on n’a rien fait non plus pour se garantir une existence longue, décente
l’après-midi je mange une pomme – autrement dit je libère
le trognon dans la pomme
chemins de touffe, les grands grégaires
ceux dont on s’approche à pas de cendres, les gueules de loup
j’ai arpenté, gravité, j’ai marché quelque part, je ne me souviens où
tant quelque part est déjà loin
les hommes sont morts ce n’est pas de leur faute
tu ressuscites d’un pas tranquille, l’autre en suspens, la boue des tombes s’y collant
tu ressuscites d’un pas léger, le sexe dru et la main molle – il n’y a rien
il ne peut rien y avoir
qu’un trou dans la poitrine, juste sous le sein gauche
dispense-moi des occurrences, parle en marchant
recouvrer son innocence, son immédiateté, sa capacité d’ébahissement
fera de nous des feux follets
– de quoi suis-je le fantôme, sans reflet ni relief,
de quel sourire la dent cariée?
ramasse un bout de bois, lance-le loin – ça te laisse un peu de temps, quelques instants de répit au moins
ramasse un bout de bois, réchauffes-en ta maison, enlève le mors à la bouche des vivants
ça leur fera du bien
la nausée sans effet d’un exil définitif – un genre de mal de mer assis là sur un banc
une malle
un malheureux sac de billes
– ce que nager pensait sombrait déjà…

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