les étourneaux mais pas dans ce sens-là

  je suis un homme comme qui dirait je suis un homme, mais qui ne dirait rien
  je me rince la bouche avant de dire quoi que ce soit, je me rince la bouche et cependant je ne dis rien
  je t’ai fait l’amour et j’ai l’impression de n’avoir rien fait, je me suis jeté du pont et ce faisant je ne me suis jeté de rien
  : je ne faisais pas le poids

  on aime comme on aime, autant dire qu’on n’aime pas
  sinon on ne vivrait plus
  on comprend donc en quoi vivre s’apparente à un péché, en tant que vivre se contente d’avoir survécu
  c’est à dire d’avoir menti, d’avoir trahi ce qu’il y a de plus sacré en nous
  avec les marguerites
  le chant des loups ou autrement
  et tous ces affreux raccourcis…

  depuis toujours amoureux je titube – mais c’est aujourd’hui seulement que je tombe
  je ne découvre pas mes jambes, un homme ne découvre pas ses jambes – ce serait l’indécence-même
  j’introduis quelque chose dans quelque chose et je voudrais mourir, afin de ne pas avoir à en
  supporter les conséquences

  tu ne me diras rien et oh, tu ne me diras rien
  que pourrais-tu bien me dire après tout
  l’un écarte les jambes, l’autre serre les fesses, j’ai le sentiment non d’être passé à côté de quelque chose, mais que quelque chose se trouvait là justement
  pour ne pas qu’on y touche…

  une fois mort la raison
  reconquiert ses droits, je ne sais plus quoi faire
  ni d’un sexe ni d’une main, ni d’un cheveu ou d’un murmure de femme, l’ultime trace
  on dirait que je meurs pour ne découvrir qu’une vérité première
  – on n’était pas sensé en arriver là…

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