l’état d’exception

  j’ai couché avec tout l’monde, puis je suis rentré dans mon oubli de soi

  n’appartenant à rein, ne venant de nulle part, et si proche de la mort qu’on croirait à
  un pont brisé
  mais supportant, supportant malgré tout, plaie ouverte sur le flanc est

  parfois l’axe prend l’apparence d’une croix
  – pour qu’on ne s’envole pas, j’imagine…

  ne reposant sur rien, qu’est-ce qui différencie le vol d’une chute?
  ne pas se reposer sur la chute, surtout ne pas s’appuyer sur le vide: il ne nous soutient que si l’on renonce à s’en servir comme béquille
  rien ne suffira jamais
  ou: rien ne suffira, jamais

  posséder me dégoûte
  j’ai le réflexe inné de la fuite, d’une fortuite bouffée d’oxygène
  ce qu’un autopsié pourrait expliquer du sens, ou du simple déroulement de sa lumineuse matinée…

  les doigts dans les trous, qui donc te l’a permis?
  pour quel embarquement immédiat t’es-tu rasé la couenne?

  on a mis l’Œil pour qu’il voit tout, afin que rien
  ne reste muet, sans témoin, sans trouver place sous le soleil
  vivre est l’état d’exception

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