la soupe froide

  il dit quelque chose, mais non, je t’assure qu’il ne dit rien
  froide, la soupe
  et froid le ventre.
  il grogne, admettons qu’il grogne, mais grogner exprime t-il nécessairement quelque chose? grogner
  ne ressemble pas à l’homme
  mais à la bête plutôt, la bête penchée
  sur sa gamelle de soupe froide
  le ventre froid
  désespérément froid

  l’endeuiillement, et ça commence par les paupières – ça doit bien
  commencer quelque part nous souffle t-on, et, nous souffle t-on, ça doit bien
  se répandre peu à peu dans les membres et ce jusqu’à la moelle
  la moelle en noire
  la malle en cercle
  la couille en berne

  rumine l’herbe, l’âcre
  taupin des morts, et des autres, plus morts que morts – recrache
  le sang noir, tuméfié, tuméreux
  et les antécédents – redresse
  le visage, allez vas-y redresse
  le visage j’ai dit, à la fourche
  redresse le à la fourche j’ai dit, et regarde
  regarde à présent, droit dans les pieux
  ce qu’emporte néant, ce que néant terrasse
  razzia lubrique…

  cajole ta cheville, faute de mieux
  un trou dans le trou a grandi
  s’est creusé
  arpenté les placards
  la braguette ouverte et la gouttière en zinc, c’est tout ce qu’il reste,
  tout ce qu’il reste – brandis-le –
  à racler, sainte misère…

la soupe froide

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