accroupis

  je pars vivre sous terre, non, je ne pars nulle part
  je viens de là-bas tout au fond, gare de liancourt-rantigny il y a mille ans de ça
  mille ans se résumant à pet de mouche
  nulle part n’est le lieu où mourir: toujours hors de chez soi, hors de chez soi en tout

  je ne suis pas une histoire, mais la poussière sous cette histoire
  comme sous un prunier dont on ne ramasse plus que d’âcres fruits, de véreuses secousses
  ma queue dans ton brouillard, pétard mouillé, n’aura pas fait long feu…

  car je t’aime, ô éternité, ainsi que les bals populaires
  les bals en rose et noir, les bals d’avant-guerre, les bals d’avant le muet
  quand la rivière coulait encore, dans un sens comme dans l’autre – je veux dire: demain

  de vivre malgré tout, et de vivre pourtant
  tant de beauté gâchée, frappée du sceau de l’infidélité
  un chien en mord un autre, c’est dans la nature des choses
  la nature des choses on l’exterminera, et l’on se niquera un doigt rein qu’en faisant l’amour, accroupis

  tu ne peux pas l’ignorer. tu ne peux pas t’empêcher de savoir ce que tu sais. te voici prévenu.
  tu n’es pas une grive, un freux
  ni le mois de septembre, ni même celui d’octobre
  ni la mort non plus, parce que la mort c’est quand t’as perdu toutes tes dents

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