j’ai fait ce que j’avais à faire, bon
j’ai eu ce que j’avais à avoir, c’est tout
et puis j’ai perdu ce que j’avais à perdre
– Seigneur, ôte-moi de ton lit
je me suis assis au bord de l’arbre mort, savante compagnie
et mon fils aujourd’hui s’en est quitté, au loin
je n’arrive plus à ravaler mes larmes
tant d’abandon… trou-fossiles
des géraniums à la fenêtre, la cour pas balayée – y a t-il des suicides heureux?
une mer qui n’aboie pas?
j’ai un doute quant à l’état de mes yeux…
au fond gît un soleil, un soleil réparateur
on s’habitue, peu à peu et de perte en perte, à l’idée d’un néant
pas à la mort elle-même évidemment, l’inhabitable, tendre violente et douce boule à zéro,
remise à niveau nul
j’ai du miel, que je garde pour les abeilles
j’ai fait la première fois l’amour dans une corbeille à ciseaux
un corps pour une tombe – qui perd au change?
que cesse enfin le poème et que m’emplisse quelque chose
les chemins de traverse, où sont les chemins de traverse?
quelque part par là, quelque part par ci
pleurer nous rattache à ce que nous perdons, et le fond se déchire
ça sera pas la première fois, non plus…

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