parfois je suis heureux, ça ne s’explique pas

  on se range sur le côté, bien bas sur le côté, on laisse passer. on laisse passer tout ce qui passe, passe afin de, en sorte que, passe comme ça. car nous on passe pas. on passe pas. c’est à dire qu’on passe sur place, à la verticale, de bas en haut si dieu le veut. sinon de haut en bas

  faudra qu’on gère, toute la nuit faudra qu’on gère. pas seulement l’épuisement, les baisses de tension, l’ennui ou parfois même le découragement. il faudra gérer aussi l’impossibilité de parvenir, venir à bout, achever. de traiter son amour comme une bête

  parler c’est offrir, et je coudrai mes lèvres. être c’est s’offrir. la nuit en moi parle tout bas, tout bas, tu me donnes toujours tort. trop enivré de liberté pour ne pas me fracasser à la moindre ombre de mur, ne pas m’empaler sur tout semblant de barreau. et c’est tout ensanglanté qu’à toi je viens, reviens

  parle-moi de mémoire, comme ça, comme à répéter on ne dit finalement rien. ne me dis rien. il n’y a de vie qu’en celui-qui-va-mourir. la mort impose la rude nudité, c’est une trique heureuse et qui fait mal, carence brutale. en tout cas me fait mal

  je sais, il faut tout perdre pour avoir ne serait-ce qu’une chance de gagner. et la certitude que tout absolument se perd. j’y travaille avec acharnement. avec acharnement c’est à dire à ma manière, de dédaigneuse indifférence. si je meurs c’est que je ne sais pas m’y prendre. si je ne sais pas m’y prendre alors il reste un espoir en moi, de vivre au moins…

  un tout petit étui, une toute petite devinette. n’ayant de réponse à rien mais de question à rien non plus : ce qui précède le point d’interrogation a tout bonnement disparu, et c’est un point à rien, un point en rase campagne – une interrogation suspendue…

parfois je suis heureux, ça ne s'explique pas

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