biberonne les morts

  les merveilles reviennent à celui qui se perd. les horreurs à tous, indifféremment
  que fais-tu là devant mon gland, à contempler l’néant, te demandant par quel bout le prendre, par quel bout le suspendre
  ma vie n’est pas finie, et je crains que la mort ne suffise à y mettre un terme
  à la source de l’achéron, je n’ai vu qu’un tas de gravats…

  pisse-moi dessus et je te dirai qui tu es. belle si myope, un cheveu sur la langue réinventera le monde
  tortillant comme un ver l’amour fera semblant
  de s’appeler l’amour

  les morts apprennent à marcher debout mais ça prend du temps, or le temps est toute l’éternité dont nous ne disposons pas
  rien ne surgira de rien, sauf à frauder – c’est comme les magasins fermés du dimanche, un paquet de clopes résolument vide,
  plus envie de baiser quand l’autre en veut encore…

  ferme les yeux. profondément ferme les yeux. une fois les yeux passablement fermés, commence à voir:
  il y a ce qu’il y a évidemment, à peine dépassant ce qu’il y a subsidiairement
  l’humain lance des pierres dans une mare sans rive. l’humain pend à la rive. et la rive comme elle cède…

  si je dois tout au hasard ce n’est pas un hasard. j’écoute les béquilles
  tu me vois venir de loin, et de plus loin que moi – las me manquent les pas de te rejoindre, de parvenir où que ce soit en général: j’erre à distance
  tandis que ce qui reste de vie ouvre grand la gueule en priant qu’une goutte tombe au dedans
  ou au moins sur le bord, accessible à la langue…

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