d’une arête, ressusciter le poisson

  je marchai longtemps, longtemps, et toujours comme il faut. ma main droite tenant mon bras gauche au niveau de son creux en passant par derrière mon dos. et marcher comme ça, irréprochablement. marcher comme s’il n’y avait nul lieu où arriver, rien de prédestiné vraiment, et que c’était très bien ainsi

  je crois que tu peux retirer ta main maintenant, je n’en aurai plus besoin. je ne sais plus comment te dire. je ne sais plus comment te dire ceci, comment te dire cela – les choses les plus élémentaires. je crois bien qu’il n’y a personne d’autre  que moi assis sur cette banquette, et cependant je n’en ressens pas même mon propre poids

  ce que j’aime avec l’été, c’est de se réveiller tôt, très tôt, avant même les oiseaux. sortir un bol de l’armoire, le déposer sur la table. mettre de l’eau à bouillir. verser des croquettes dans la gamelle du chat qui bientôt se présente à la fenêtre. puis d’une pensée à l’autre se remémorer tout ce qu’on aurait voulu garder sous les sceau de l’oubli

  tu ramasses ce qui traîne. c’est une habitude chez toi, de ne rien laisser traîner. mais que faire de tout ce qu’on ramasse, si ce n’est de l’abandonner de nouveau un peu plus loin? tout traîne, et soi le premier. tout traîne, et soi le dernier

  plus un jour sans nager. au fond, en l’air ou même à sec, plus un jour sans flotter. sans poser un verrou sur le désir humain, sur l’urgence d’exister. je nage dans un sens puis dans l’autre. dans un sens et dans l’autre. plus un jour sans ressortir vivant de ce trou malfamé

  j’ignore d’où tu me broutes, et pour quel polichinelle tu me prends. j’arrose les plantes les plantes croissent normalement. je n’écoute pas la radio. je regarde la route la route file normalement. je rentre chez moi quand chez moi est en ruine. alors tu sonnes à ma porte.

d'une arête, ressusciter le poisson

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