l’être grave

  conjugaison de n’être rien
  un pipeau mal embouché
  une courbe hors l’espace
  qu’y a t-il, que te sent-il
  futiles possessions de la mémoire
  objets fétiches en fond de cale
  masculin féminin, féminin comme en primeur
  un sac, presque un aveu
  on se retient pourtant, pourtant on
  ferme sa gueule. sa gueule

  un chemin de traverse
  bombe à retardement, une couille
  je prends la prochaine à gauche
  en pivotant, en dansant sur un pied
  l’homme d’en bas
  l’écuelle la gamelle, ou même la serpillière
  pour l’homme d’en bas
  d’en bas de rien, le fond d’un jour férié

  mutilation réminiscence
  presque envie de pleurer
  à moins que de gerber
  métaphoriquement s’entend
  on a dit le matelas gonflable, dégonflable
  on fait oui de la tête, non des viscères
  non aux humiliations
  braves bêtes condescendues
  les genoux sur la tête
  la colère vissée aux tripes, vieille colère…

  on meurt déchu
  mais on ne meurt pas toujours
  pas tout le temps
  pour les doux yeux d’une pieuvre
  je me regarde dans la glace
  ou se regarde en moi la glace
  ni l’un(e) ni l’autre
  ne nous y reconnaissons
  il a fallu fraterniser, un moment
  un moment précis, ce moment justement
  où l’on ne mourait pas

l'être grave

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