mon ami picard. my picard friend

  j’aime être d’aimer avoir été, quoi qu’il m’en coûtât
  et le jouir et la mort, lentes à leur tour, scarifications rituelles du gland
  je t’aime un peu, beaucoup, subitement, et cela grandit le temps dis, approfondit profondément
  le vide à tout venant

  j’aime un petit cheval blanc
  son corps sa nuit, m’illumine de nuit
  j’ai peur avec toi comme j’ai peur sans toi
  bientôt je ne sens rien, tout le ciel une corde
  une corde sans fin
  sans fin déjà sans âme

  la vie c’est la matière du poème, mais pas encore le poème – et donc pas encore la vie
  bruxelles n’est pas encore bruxelles, bruxelles se trouve à quelques jets de pierre de bruxelles, bruxelles
  ramasse des prunes quand ce n’est pas la
  saison des prunes. des mûres. mais des genoux cagneux

  touche-moi le cul, s’il te plaît touche-moi le cul, avec tes yeux si tu as des yeux
  et que peut-on avoir de plus que des yeux, des yeux pour rester muet, des cils pour pas ciller je ne cille pas, oh my lord je ne bouge pas d’un poil, je suis le sexe impur, le sexe qu’on lave tous les jours
  mais qui reste comme ça

  je suis le mort d’en face, ich bin
  ich bin le mort d’en face, ma mère
  ma mère a tous les droits, elle se permet tout, ich bin
  ou ich bin nicht, la petite pierre d’opale, le genou bout de jade ich bin
  le petit mort d’en face, d’en face de moi d’en face de toi d’en face du mort
  du mort d’en face

  on s’aimait bien, toi et le petit marin, à pluie constante
  désormais c’est autre chose, désormais pue du slip, on se pardonnerait presque
  d’exister – on attrape une branche, on se croit à l’abri, on se sent sain et sauf: la branche d’une croix
  ou la croix d’un carrefour…

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