et la terre entière se mit à pleurer sur les genoux du maigre

  la tête empaillée d’une femme dans mon lit me rassérène
  la nuit aussi je compte beaucoup
  je fais le tour de mes dépossessions, je r’mets un j’ton, j’écrase un
  mégot là
  j’aime qu’on vive malgré tout, sans mon je même et sans mon j’aime

  tête de mort, jolie tête de mort, semblable à toute autre
  tête de mort comme moi à un vivant, vivant de souche
  écorché vif sous l’illustre anonymat
  j’habille un ch’val, j’habille tout seul, et je lui dis: te voilà bien seul à présent
  bien seul et nu

  je rêve de te dire les choses telles qu’elles sont
  mais petit un, ce n’est qu’un rêve
  petit deux, les choses elles-mêmes ignorent ce qu’elles sont
  petit trois ce que je dis boomerang, n’en dit rien boomerang
  mon tout à son dernier souffle admet que seul l’amour ne crève
  ou ne crève pas

  je m’achète un torchon, un gros mouchoir – c’est trop pour un seul homme
  je ne pleure pas beaucoup cet an-ci – j’ai mal à mon stérilet, mon stérilet me manque beaucoup
  veuf de vivre comment le dire. et si je le tais qui me croira?

  ma brosse à dents peut-être, mais vu le peu de gens qui passent…
  peu de gens font le tour
  d’un vide de circonstance, d’un vide au grand complet – résultat:
  du mauvais vin pour les mauvais garçons et des filles qui s’ennuient
  c’est toujours mauvais signe ça, les filles qui s’ennuient

  exister par soi-même a creusé un grand trou
  il a fallu déblayer le sable, les gravats, desserrer un peu la cravate au pendu
  – tiens, tu pleures? me dit-elle en boitant, et j’ai les reins fragiles
  bref, on était sur la bonne voie…

et la terre entière se mit à pleurer sur les genoux du maigre

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