la nuit s’en garde à vue

  et c’est pour pas crever qu’on aime, juste ça, rien que ça
  le reste c’est pas grave – on entend néanmoins
  le petit corps qui grince, peu de volume
  le petit corps qui grince, mais cependant ne cède…

  un stylo, une tente, un mort – je n’ai pas de réponse
  quelqu’un parle tout seul. tout bas. vraisemblablement bas
  on suppose qu’il se coupe les ongles, de temps à autre
  mais n’en profite guère…

  j’ai tort
  tort d’insister, alors
  je lâche un ballon, voir où le vent le porte, un bout de bois
  dans le foutu canal s’il y avait un canal, et s’il était foutu
  quant au ballon, d’où me viendrait un ballon, qu’on gonfle et se dégonfle?
  le vent certes souffle ce soir, mais de l’autre côté…

  ne m’embrasse pas. ne m’embrasse pas partout frénétiquement comme ça – on pourrait se douter
  on pourrait même se demander
  fais donc semblant de m’ignorer, de passer devant moi sans t’en apercevoir
  t’apercevoir de quoi d’ailleurs, puisqu’il rentre chez soi
  convaincu de mort lente

  tous les animaux ne dorment pas la nuit
  les prédateurs, les humains non plus
  je veille sur une fosse
  chacun vaque à ses occupations. les fainéants non plus
  n’ayant rendez-vous nulle part, je ne peux le manquer

la nuit s'en garde à vue

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