la nudité prise à revers

  il n’y a plus de serpents chez moi, je leur ai tous broyé la tête, broyé le gland
  guirlande de queues mortes, petit souper aux chandelles essoufflées…
  j’ai peur des morts, mais guère plus que de moi-même
  d’ailleurs je nous maudis bien fort, que dis-je, je nous pisse à la raie

  symbole à quatre pattes, drap que l’on tire à soi quand le désert s’enlise
  j’ai crié une deux trois – il était trop tard certes et déjà, mais j’ai crié quand même: une, deux, trois, et ça m’a rassuré
  quant à ce qui fut trop tard, et à jamais perdu…

  mourir assis, mourir assis c’est mieux. il n’y a
  que dalle à becqueter c’est pas grave il n’y a
  que dalle à ramasser – et se dénouant les becs tondirent ras
  les sexes hérissés c’est pas grave, les sexes à pile ou face

  ma fin ne produit rien, ce qui n’enlève rien
  à sa beauté crachée, son sexe ouvert sur la nuit translucide, j’éjacule tout chaud
  dans
  le vide inconsistant
  de notre insignifiance, j’y discerne mon profil éteint, j’y redessine mon
  profil ardent

  il y a quelque chose qui s’en va
  et dont rien ne revient, ni l’ombre, je n’ai lors plus la force
  d’aimer, plus la force de rien, je jette la pierre au ciel et même lui, taudis,
  ne me la renvoie pas
  – on ne se sortira de là que par
  une folie exemplaire, un pas fiche de travers…

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