dormir oui, s’endormir oui, et de plus en plus tôt
et de plus en plus tôt dans la nuit cryogène: veiller – c’est à dire dériver hors hypnose
or y a plus rien à rêver, plus rien qu’à se débattre dans le grand silence, persévérer
dans l’exclusion
je regarde tout là-haut et je ne sais rien de ce que tout là-haut s’endort. ça me donne le tournis sur place
exister marche sur des œufs. on ne peut pas tomber d’accord
le large cercle
les petites bavures noires
j’arpente mon jardin. je hais mon jardin. ce jardin-là
n’est pas mon jardin. je n’ai pas de jardin. je hais tous les jardins
sauf les jardins publics, ça va de soi
la nuit me mange dans la main
plus exactement, elle vient picorer dans ma main
les grains dans le creux de ma main
– grains de sable j’imagine, mais dont chacun contient au moins un mirage et demi
il y a des parts où l’on s’emmène, il y a des parts où l’on s’ennuie
et les parts nulles se résolvant à nulle part.
j’aboie vers toi mon silence, écho muet, réversible mémoire
ce que j’attends ne viendra pas, ni même la mort
il y a des puces elles crient le long de mon sommeil. une goutte de sang les repaît
des draps blancs nous avons fait des serpillères, des draps rouges nous avons essoré jusqu’à la
dernière goutte de sang
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