très belle ombre après moi

  une large vitrine
  une simple et large vitrine.
  un beau pavé
  un lourd et beau pavé.
  un homme en moi se fracasse t-il, ou se fait-il l’écho de ce fracas
  un ami de cet homme m’a t-il demandé du feu, si par hasard j’avais du feu
  – à quoi donc le hasard s’amuse t-il?

  j’esquive la question.
  j’esquive tout ce qui peut s’esquiver.
  cela ne suffit pas à tracer une route, mais aligne des pas l’un derrière l’autre
  l’un devant l’autre également
  jusqu’à ce qu’un jour l’image ne surgisse plus sur le miroir glissant
  et reste collée au fond…

  il avait beaucoup neigé les jours précédant celui de mon premier mariage
  cinquante centimètres
  on a du creusé un chemin de la maison à la mairie, lequel se trouva verglacé le matin du dit-jour.
  quel temps fera t-il lors de mon enterrement? devrai-je à cette occasion
  sortir mon parapluie?
  cette fois je n’inviterai personne. une rakia pour les quatre porteurs et basta!

  un homme se dit blessé
  un homme se dit toujours blessé, sans quoi il ment.
  on ment tant il est dur de s’avouer blessé – dur et blessant
  on se coupe le doigt
  on fait aïe, on crie eh merde, on gueule putain. ça pisse le sang
  le temps de se dégoter un pansement, on en fout partout, du sang.
  mais ce n’est pas de ce genre de blessure dont je voulais parler

  un ami porte mon nom, la sainte croix – du coup je lui jette une pierre.
  je ne veux pas d’ami, je n’aime pas les amis: quand je croise un ami je lui lance la pierre
  la première pierre venue, et je vise la tête
  la première tête venue, qu’elle ne revienne pas.
  qu’on ne me fasse pas chier avec des amis, moi qui aime tous les humains
  tous les animaux
  et les paysages vides…

très belle ombre après moi

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